La figure des morts

La figure des morts

La figure des morts

Par Maro Rumen-Doucoure

Si la vie n’est possible que dans le refoulement de la mort à venir, quelles peuvent être les conséquences de l’absence de rites funéraires – interdits par précaution sanitaire – chez les personnes ayant été au contact des morts du Covid-19 ? Ma réflexion se base sur mon expérience de psychologue en EHPAD au cours du confinement du printemps 2020.

Les vivants tiennent à l’idée de paix dans la mort. J’appelle position du dormeur la position qu’ils font prendre au corps du défunt, couché, les mains jointes sur la poitrine, s’apparentant à la position d’un gisant. Cette position du dormeur rappelle le mort du côté du vivant, l’humanise, l’assimile à une personne simplement endormie. Cette mise à distance du réel de la mort permet de tenir un discours autour du corps : «Il a l’air en paix» ; « Il est beau » ; « On dirait qu’il dort »… Ce discours tente de pacifier la mort et de maintenir le corps dans la sphère du familier tant qu’il est dans l’espace des vivants : avant qu’il soit enterré ou incinéré, le corps mort se plie aux apparences de la vie, il est contenu par une « représentation » que nous connaissons et dont nous pouvons parler. Si de la mort on ne peut rien dire, les paroles, qui commentent ce que l’on voit (ou projette) sur le corps du mort, font bord autour du réel de la mort et protègent de ce réel. Dans les lieux confrontés à la mort de façon récurrente, ce discours spontanément tenu en groupe après chaque mort protège de l’effraction traumatique du réel de la mort.

Il y a un fossé entre le mort qu’un vivant a mis, dans le rite funéraire, dans la position du dormeur, et celui qui reste figé dans la position dans laquelle il est mort. Celui-ci porte la figure des morts. La dernière posture de l’ex-vivant est « étonnamment » un mouvement, à l’instar des habitants de Pompéi. Étonnamment, car les vivants refoulent le fait qu’il est logique qu’avant de trépasser, le défunt a pu avoir une autre position que celle du dormeur. Pas rendu « présentable » ni pacifié par le rite funéraire, le défunt reposera dans son cercueil dans la position de son dernier mouvement. Dès lors, le fantasme précédent ne tient plus : ce mort-là nous regarde. Il est un réel qui ne se laisse pas border dans le discours. À court de symbolique, on ne peut l’envelopper d’un linceul verbal. L’irreprésentable de la mort est court-circuité par une image de corps trop réel. Le personnel, au cours d’échanges ou de groupes de parole, a pu dire l’effroi que suscitent les visages de ces morts.

Le mythe de Charon, passeur des âmes, exigeait qu’un membre de la famille du défunt accomplisse un rite : qu’il ferme les yeux du mort et place une pièce dans sa bouche, pour que son âme passe dans les enfers et cesse d’errer sur la terre des vivants. L’interdiction du rite funéraire ne permet pas de pacifier le corps du mort en le prenant dans le discours, entraîne une stase de sa présence dans l’appareil psychique du personnel de l’EHPAD, comme si son âme ne pouvait passer et restait hanter les vivants. Le défunt ne peut payer son obole à Charon et, dans un renversement de la dette, les vivants sont hantés par le défunt. Ce parallèle est redoublé par le fait que la plupart des morts ont la bouche ouverte : lorsque le corps se détend suite au décès, le poids de la mâchoire l’entraîne vers le bas, ouvrant la bouche. Mais la bouche d’un vivant est remplie de mots, quand celle d’un mort en est vidée. Cette bouche ouverte devient un trou hors sens, dès lors la personne devient un corps organique et non plus un sujet. La bouche ouverte ou le mouvement figé du défunt font retour chez le personnel de l’établissement, qui exprime une souffrance face au sentiment d’inachèvement du soin des personnes qu’ils avaient accompagnées pendant des années.

Cette figure des morts vient rappeler que la mort est non pas pour tous, mais pour chacun. La figure du dormeur, c’est la mort pour tous, le corps sans toilette mortuaire, tel qu’il meurt, c’est la mort de chacun. Il est le mort réel. Le réel du visage figé du trépas.

Les soignants ont à cœur d’accompagner leurs patients « jusqu’au bout » : une phrase qui revient souvent en EHPAD, pour dire qu’ils tiennent à la toilette mortuaire et à aller aux enterrements des résidents. Avant le rituel, c’est le corps mort qui nous regarde. Le rituel permet de renverser ce regard et d’en délester les vivants, qui peuvent alors entamer un travail de séparation. Il leur semble indécent de laisser partir, pour l’éternité, les morts dans ces positions parfois grotesques. Les soignants les imaginent dans cette position dans leur cercueil, pour toujours. Le rituel établit un renversement entre mort et vivant qui permet de distinguer, en les liant paradoxalement, les vivants des morts. Chacun « reste à sa place », de vivant ou de mort, sans confusion possible.

Du consentement dans la législation : une question qui ne cesse pas ?

Du consentement dans la législation : une question qui ne cesse pas ?

Du consentement dans la législation : une question qui ne cesse pas ?*

Par Magali Lutrand

La question du « consentement » a surgi ces dernières années, d’abord dans le monde anglo-saxon, jusqu’à venir aux devants des débats politiques en France en 2018, interpellant le législateur. Si cette question n’est pas nouvelle pour la Justice, voyons comment la législation française a évolué concernant la reconnaissance des attentats sexuels dans leurs différentes formes et en particulier la question du consentement, soit la position subjective des victimes dans leurs particularités…

En France, les règles légales qui régissent les relations entre un mineur et un adulte étaient déjà inscrites dans le premier Code pénal de 1810, sous le chapitre Attentat aux mœurs, mis en place par Napoléon. La loi faisait la différence entre « l’outrage public à la pudeur » (article 330) et le « crime de viol » (article 331). La loi ne définissant pas le « crime de viol », la jurisprudence le considérait comme un coït illicite imposé par un homme à une femme, qu’il sait ne point consentir[i]. Le terme illicite concerne les relations sexuelles hors mariage : il n’y avait donc point de viol entre époux et les hommes ne pouvaient pas être violés. Il n’était pas non plus question de viol digital, anal ou buccal. Par ailleurs, seule la violence physique pouvait être retenue à l’époque pour caractériser l’absence de consentement. 

Dans ce cas, le code pénal parle d’attentat à la pudeur, pour qualifier les relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans. Ce seuil n’a cessé d’être relevé depuis l’introduction de ce délit, soulignant la difficulté à définir une telle limite. De 11 ans en 1832, il est passé à 13 ans en 1863, puis à 15 ans en 1945.

En 1994, le nouveau code pénal abandonne la notion d’attentat à la pudeur pour les catégories d’agression sexuelle et atteinte sexuelle. Toutes deux sont des délits, jugés devant un tribunal correctionnel. L’atteinte sexuelle sur mineur réprime les relations sexuelles entre un mineur de moins de 15 ans et un adulte. En cas de non consentement – soit quand preuve est faite de la contrainte, surprise ou violence – l’acte peut être qualifié d’agression sexuelle, s’il est commis sans pénétration (attouchement, caresse…). À ce jour, de nombreuses plaintes pour viol sont requalifiées en agression sexuelle afin d’assurer des délais de justice plus courts, les assises – qui jugent les crimes – étant surchargées et l’issue plus aléatoire du fait de la présence d’un jury populaire. La correctionnalisation du viol en délit est notamment permise en 2004 par la loi Perben II, qui empêche par exemple le tribunal correctionnel de se déclarer incompétent s’il estime que le viol est constitué. Cette pratique est très décriée au sein des milieux associatifs.

En 2017, deux affaires judiciaires remettent la question du consentement sexuel des mineurs au cœur du débat public. En novembre, la cour d’assises de Seine-et-Marne prononce l’acquittement d’un homme accusé du viol d’une fille de 11 ans[ii]. Selon l’accusé, âgé de 22 ans au moment des faits, il s’agissait d’une relation consentie. Quelques semaines plus tôt, le parquet de Pontoise (Val-d’Oise) décide de poursuivre pour « atteinte sexuelle », et non pour « viol », un homme de 28 ans qui a eu une relation sexuelle avec une enfant de 11 ans[iii]. Les enquêteurs ont considéré que cette relation était consentie, car aucune contrainte physique n’a été exercée sur la mineure. 

Les deux affaires éclatent alors que le gouvernement prépare son projet de loi contre les violences sexuelles et que se pose l’idée d’inscrire un âge de présomption d’absence de consentement sexuel[iv]. Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) défend le seuil de 13 ans (soit le même âge que la possibilité de détention pour un mineur au pénal). Le gouvernement inclut dans la Grande Cause Nationale du Quinquennat l’âge de 15 ans. Très attendu par les associations, cet âge de consentement a cristallisé les critiques. Une première version du texte qualifiait de viol tout acte sexuel commis sur un mineur de 15 ans (soit 15 ans et moins), mais le Conseil d’État a estimé que cette formulation pouvait porter atteinte à la présomption d’innocence et donc être jugée inconstitutionnelle. Si la loi de 2018 contre les violences sexuelles apportera certaines précisions quant à la « vulnérabilité » des mineurs de 15 ans ou augmentera le délai de prescription, le gouvernement abandonnera finalement l’instauration d’un âge de consentement, provoquant l’indignation des associations.

Il semble intéressant de constater la difficulté du milieu judiciaire à circonscrire cette question du consentement, question pourtant déjà ancienne, mais qui semble ne pas cesser de ne pas s’écrire, si ce n’est au cas par cas d’une prise de parole dans la rencontre avec un analyste. « Si j’ai évoqué le sujet du droit, c’est bien parce que le sujet dont il s’agit dans la psychanalyse n’est pas un sujet de fait. Quels que soient les faits, ils ne comptent qu’à partir du dit, c’est-à-dire de la position que le sujet prend par rapport à […] son dire. […] Il se modalise de toutes les positions que le sujet peut prendre à l’endroit du signifiant » et de la jouissance[v]. C’est ce que nous ont enseigné les cas déployés dans notre cartel fulgurant, en préparation des J50, organisé dans le cadre de L’Envers de Paris, à partir de la clinique d’un service de protection de l’enfance judiciaire[vi].

* Nous remercions Mme Sophie Machinale, Juge des Enfants, formatrice au droit de la famille, pour sa relecture et ses précisions.

[i]. Cf. Iacub M., Le crime était presque sexuel et autres essais de casuistique juridique, Paris, Flammarion, 2002.

[ii]. https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/justice-proces/l-acquittement-d-un-homme-juge-pour-viol-sur-une-mineure-de-11-ans-fait-polemique_2463480.html

[iii]. https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/droit-et-justice/relation-sexuelle-a-11-ans-le-parquet-ne-poursuit-pas-l-homme-de-28-ans-pour-viol_2395234.html

[iv]. Cette présomption existe déjà dans plusieurs pays qui considèrent qu’en deçà d’un certain âge, un enfant ne peut être consentant lors d’un acte sexuel : 14 ans en Allemagne, Belgique, Autriche ; 16 ans pour l’Angleterre et la Suisse, 12 ans en Espagne et aux États-Unis.

[v]. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne, Cause et consentement », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 18 novembre 1987, inédit.

[vi]. Service de l’AVVEJ (Association Vers la Vie et l’Éducation des Jeunes), agréée par le Tribunal des mineurs de Bobigny (93).

Horizon 64 / Confluents 72 “La psychiatrie affolée”

Horizon 64 / Confluents 72 “La psychiatrie affolée”

Horizon N° 64 / Confluents N° 72

 Introduction

Le présent numéro Horizon n°64 / Confluents n°72 est le fruit du questionnement partagé par L’Envers de Paris et l’acf-IdF à propos de l’état actuel de la psychiatrie en France. Si l’année 2018 fut celle où la crise profonde de la psychiatrie publique s’est révélée au grand jour, l’année 2019 n’a pas démenti le bien-fondé de l’inquiétude commune qui a réuni nos deux associations.

Alertés, non seulement par la médiatisation du délabrement croissant que connaît la psychiatrie hospitalière, mais surtout par nos constats – issus de la pratique au quotidien –, nous avons voulu contribuer au débat public en interrogeant les bouleversements qui touchent l’hôpital psychiatrique depuis plusieurs années. Et ce, en tant que psychanalystes d’orientation lacanienne exerçant différentes fonctions dans des institutions de santé mentale.

De ce fait – et soutenus par le directoire de l’École de la Cause freudienne, présidé par Gil Caroz –, notre inquiétude initiale a pris la forme d’une série de cinq conversations : « La psychiatrie aujourd’hui et demain. Quelle place pour la psychanalyse ? ». Au moment de clore ce cycle, c’est sous le titre « La psychiatrie affolée » que nous avons le plaisir de publier l’ensemble des contributions ayant donné corps à ce projet.

Chacune de ces conversations constitue un moment précieux et percutant quant à ce que la psychanalyse d’orientation lacanienne apporte à la pratique en milieu psychiatrique aujourd’hui. Parmi les conclusions qui s’en dégagent, nous retiendrons le caractère paradoxal de l’aggravation que vit la psychiatrie. D’une part, ce malaise est en pleine accélération, et d’autre part, ses contours sont flous et mal délimités. Entre désaffection médicale, crise épistémologique, mutation sociale et négligence politique, nous nous sommes efforcés alors de dégager quelques axes afin de suivre le fil rouge de ce qui fait notre engagement sur le terrain, à savoir, celui de maintenir la possibilité d’une clinique sous transfert, comme le propose Jacques-Alain Miller dans son texte « C.S.T »(1) Qu’il s’agisse d’un « état des lieux » urgent, de la question cruciale entre « rupture ou continuité dans les soins », du dialogue complexe entre « Justice et psychiatrie », de l’alliance irréversible entre « psychiatrie et neurosciences », et des « inventions institutionnelles » en pédopsychiatrie, chacun de nos invités a su transmettre une façon singulière d’opérer à partir de la psychanalyse en tant que boussole éthique et clinique.

Ce projet a rencontré un écho particulier auprès de bon nombre de professionnels concernés par le sort que notre société réserve aujourd’hui au traitement de la folie. Mais encore, au-delà d’une préoccupation en prise directe avec ce que Jacques Lacan appelle « la subjectivité de l’époque »(2), ce thème a révélé aussi le désir qui anime celles et ceux qui continuent de trouver, chacun à sa manière, une marge de manœuvre pour préserver la fonction de la parole et son lien avec l’inconscient, dans et hors le lieu qu’est l’hôpital psychiatrique.

Beatriz Gonzalez-Renou, directrice de L’Envers de Paris
Xavier Gommichon, délégué régional de l’ACF Ile-de-France

Beatriz Gonzalez-Renou est psychanalyste, membre de l’ecf, directrice de l’Envers de Paris (2018-2019).

Xavier Gommichon est psychanalyste, membre de l’ecf, délégué régional de l’acf-IdF (2018-2019).

(1)  Miller, J.-A. « c.s.t. », Ornicar ?, été 1984, no 29, pp. 142-147.

(2) Lacan, J. « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.

ÉDITO OCTOBRE 2020

ÉDITO OCTOBRE 2020

Chères et chers membres et amis de L’Envers de Paris,

Nous avons eu la joie de nous retrouver le mois passé, à nouveau ensemble, avec nos corps, après une si longue absence. Certains groupes de notre association ont pu déjà s’organiser pour mettre en place des réunions publiques malgré la présence du coronavirus dans notre ville et de la pandémie persistante. C’est un moment exceptionnel et inédit qui exige de nous une constante créativité pour s’adapter à la nouvelle situation tout en poursuivant notre effort et notre désir d’étude et de transmission de la psychanalyse. Bien entendu, durant ces réunions, nous avons été spécialement vigilants et nous avons multiplié les mesures de protection. Nous resterons toujours attentifs à la progression du virus pour reprendre, dans la plus grande normalité possible, nos réunions en suivant les prescriptions gouvernementales.

Nous avons eu le plaisir de recevoir à la librairie Libralire Guy Briole et Camilo Ramirez pour converser longuement autour du livre, récemment paru, Haine et pulsion de mort au 21ème siècle. Le groupe Psynéma a pu poursuivre sa collaboration avec le Patronage Jules Vallès en recevant le 3 octobre Laura Sokolowsky pour une conversation menée à la suite de la projection du film de Kenji Mizoguchi, Les contes de la lune vague (1953).

Cet après-midi du groupe Psynéma s’inscrivait dans le cadre de la préparation des Journées de l’ECF, dont le titre et thème d’étude choisi est Attentat sexuel. Ces journées d’études auront lieu au Palais des Congrès de Paris les 14 et 15 novembre prochains si la situation sanitaire nous le permet. Notre équipe diffuse en temps et en heure par Face Time, Twitter et Instagram les boussoles et la newsletter Desacorps pour entrer dans le vif de l’étude du thème.

Le groupe Psynéma nous annonce le programme d’étude des prochains mois. Ses membres travaillent sur le thème de l’exil et des frontières et vont poursuivre leur lecture de « Lituraterre » dont le sujet est la frontière entre savoir et jouissance. Tristana de Luis Buñuel sera l’occasion d’un prochain film-débat le 12 décembre prochain au Patronage Laïque. Nous avons prévu trois réunions préparatoires les 2 et 21 novembre ainsi que le 5 décembre. Les personnes intéressées peuvent contacter : Karim Bordeau (06.07.23.39.29) ou Maria Luisa Alkorta par mail>>

La soirée de rentrée des cartels pour l’année 2020-2021 est programmée le 15 octobre à 21h dans les locaux de l’École. Cette soirée sera aussi dédiée à la préparation des journées de l’ECF « Attentat sexuel » et aura pour titre « Il y a ATTENTAT sexuel, il n’y a pas de RAPPORT sexuel ». Aurélie Charpentier-Libert s’occupe de son organisation en relation avec l’ACF-IDF, et Beatriz Gonzalez-Renou, secrétaire aux cartels de l’ECF, en est l’invitée. Nous écouterons les interventions d’Alice Ha-Pham, Pierre-Ludovic Lavoine et Guillaume Libert. Après le débat, nous passerons au tirage au sort des nouveaux cartels, ce qui constitue un moment très important de la vie de notre École. La présence se fera sur inscription à : cartelsedp@gmail.com

Et voici quelques nouvelles de nos groupes et de notre vie associative pour le mois d’octobre :

Le Collectif Lectures Freudiennes nous fait part d’une excellente et joyeuse nouvelle. Les Éditions Eres ont annoncé à Susanne Hommel la publication de la traduction des derniers textes de Freud, en édition bilingue, que ce groupe a traduits et travaillés depuis quelques années. Ils se sont rencontrés au début du mois de septembre pour continuer son travail de relecture et porter les dernières corrections au texte de Freud Metapsychologische Ergänzung zur Traumlehre – Complément métapsychologique à la doctrine du rêve , rédigé par Freud en 1915. Ils traduisent actuellement les notes rédigées par Freud. La prochaine réunion aura lieu le 6 octobre 21 heures chez Susanne. Vous pouvez la contacter par mail>>

Le collectif Théâtre et psychanalyse se réunira par Zoom le jeudi 22 octobre à 21h pour préparer les deux premières rencontres de la nouvelle saison 2020/2021. Le programme de l’année s’annonce de façon formidable avec les dates suivantes que vous pouvez d’ores et déjà noter dans vos agendas:

Au Théâtre de la Reine Blanche, le samedi 28 novembre à 19h Giordano Bruno, le souper des cendres, adaptation et mise en scène de Laurent Vacher. Nous aurons comme invitée : Francesca Biagi-Chai. Dans ce même Théâtre, le dimanche 13 décembre à 16h, Liza et moi, histoires de mères et de filles, de Sandrine Delsaux, mise en scène de Sophie Thebault, avec comme invitée : Rose-Paule Vinciguerra.

Et voici encore les premières dates pour 2021 : Au Théâtre de la Bastille, le samedi 16 janvier à 21h, Coriolan de William Shakespeare, spectacle de François Orsoni. Notre invitée sera : Marie-Hélène Blancard. Au Théâtre Rond Point, le dimanche 31 janvier à 15h30, Le Syndrome de l’oiseau de Pierre Tré-Hardy, mise en scène de Sara Giraudeau et Renaud Meyer. Notre invitée cette fois sera Hélène Bonnaud. Nous avons encore bien d’autres œuvres au programme que nous annoncerons plus tard.

Le vecteur « Le corps, pas sans la psychanalyse », lors de la première réunion de l’année en septembre, a entamé la discussion d’un texte proposé par une participante sur les conséquences des manques de rituels funéraires observés dans les EHPAD au plus fort de la pandémie. Puis nous avons suivi la ligne que nous avions annoncée : l’étude des « Intuitions Milanaises » de Jacques-Alain Miller (Mental no 11&12), dans la visée particulière de la question du corps. Prochaine réunion le Mercredi 21 Octobre. Contact : Geneviève Mordant, par mail>>, ou au 06.08.26.49.46.

S’inscrivant dans l’orientation proposée pour la prochaine journée de L’Envers, le vecteur Lectures cliniques de l’Envers de Paris consacre ses prochaines séances au travail du texte de Jacques-Alain Miller, « Intuitions Milanaises » (Mental no 11&12) ainsi qu’à la présentation et à la discussion de cas cliniques issus de la pratique des participants. Contact : Adela Alcantud, mail>> & Pascale Fari, mail>> 

Le vecteur Psychanalyse et Littérature a entamé sa recherche sur le rapport qu’entretient la littérature contemporaine à notre civilisation mondialisée, en s’éclairant du texte de Jacques-Alain Miller de 2002, « Intuitions Milanaises » (Mental no 11&12), où il re-problématise la formule de Lacan « l’inconscient c’est la politique » en la resituant dans notre époque. Lors de notre prochaine réunion du mercredi 21 octobre, nous poursuivrons notre questionnement sur la machine économique qui fonctionne toute seule indépendamment de toute subjectivité de son opérateur. Lieu et heure de réunion : 66 Rue de Saintonge Paris 75004 à 20h30.

Pour se joindre à nous, contacter Marie-Christine Baillehache par mail>> ; ou au 06.42.23.37.03.

 Marga Auré

 

Traverser les murs. La folie de la psychiatrie à la psychanalyse

Traverser les murs. La folie de la psychiatrie à la psychanalyse

Traverser les murs. La folie de la psychiatrie à la psychanalyse

Francesca Biagi-Chai

Préface de Jacques-Alain Miller

« Jamais — ah ! comme je voudrais que ce “jamais” fût exactement vrai, et que la routine ne m’ait pas entamé le cœur — jamais je ne me rends le matin à Henri-Rousselle pour suivre la présentation de malades de Lacan sans redouter ce qui va s’y dérouler. Vous m’excuserez de le dire très simplement : un homme, le malade, un infortuné, y rencontre sans le savoir une figure de son destin ; une heure, deux heures durant, il sera écouté, questionné, sondé, manœuvré, jaugé enfin, et les quelques mots qui sortiront de la bouche de Lacan pèseront lourd, chacun le sent, dans la balance de son sort, d’autant que c’est le plus souvent, comme il va de soi, ce qu’on appelle un cas difficile qui lui est soumis. »

Préface de Jacques-Alain Miller : Enseignements de la présentation de malades, p. 7. Texte paru initialement dans Ornicar ?, n° 10, juillet 1977, Éditions Lyse ; puis dans Conversation d’Arcachon, Paris, Irma Le Paon, Agalma – Le Seuil, 1997.

« L’assistance attend le diagnostic que le service n’a pas su trouver, ou sur lequel les avis sont partagés, et qui permettrait de situer les troubles dans la nomenclature, d’orienter le traitement, la “prise en charge”, elle espère le nom qui tombera des lèvres du maître, et qui sera le destin même. L’assistance dans son attente est toujours déçue : c’est que, dans cette présentation-là, le questionneur, l’expert, répond plus souvent qu’à son tour par un coup de pied — j’entends, il affectionne l’effet zen.

Ce n’est pas qu’il se dérobe, qu’il renonce à prononcer les mots de paraphrénie et de débilité par crainte de “donner des étiquettes”, comme on dit maintenant dans les institutions, mais ils sont si bien retournés, annulés, que nous avons appris à force qu’il n’est pas pour Lacan de sentence plus irrémédiable que celle-ci : “Mais il est normal !” Ainsi, même quand le tableau clinique se révèle sans ambiguïté, et qu’un diagnostic peut être posé dans les termes les plus classiques, quelque chose reste suspendu du sens. C’est un phénomène très curieux que, même lorsque le nom vient, l’attente du nom est déçue. »

Miller J.-A., op. cit, p. 8-9.

 

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