LA CONVERSATION CLINIQUE

LA CONVERSATION CLINIQUE

Jacques-Alain Miller
et autres auteurs

LA CONVERSATION CLINIQUE

Ce livre propose au lecteur d’entrer dans les conversations cliniques que les psychanalystes peuvent avoir entre eux à propos du cas d’un patient. Il y trouvera ainsi l’exposé et la discussion de huit cas.

L’orientation que Jacques-Alain Miller a toujours donnée à la clinique est celle de l’accueil de la parole du patient, considéré dans sa singularité. Ce n’est donc pas une clinique close, du « dernier mot », mais une clinique évolutive, dialectique. Car il s’agit, avant tout, de saisir en quoi l’analyse est aussi une conversation sous transfert, qui vise à saisir ce que le sujet a de plus réel, son symptôme.

L’ouvrage se conclut sur un entretien clinique unique, conduit par J.-A. Miller, dont la discussion est reprise dans son entier.

La Conversation pour une clinique très vivante

Jean-Daniel Matet

Au départ, le Conciliabule d’Angers a fait place à la Conversation d’Arcachon. Cette conversation s’est poursuivie au point d’en constituer une méthode particulièrement adaptée à la recherche clinique dans le Champ freudien, en prenant au sérieux les nouages singuliers de chaque parlêtre quand il consent à l’association libre. La pratique psychanalytique trouve ainsi son cadre à l’opposé des indications diagnostiques qui feraient limite. La notion de psychose ordinaire y fut dégagée par Jacques-Alain Miller, relançant vigoureusement l’approche de notre clinique, soulignant les enjeux des débats d’un moment sans sceller dans le marbre les catégories. L’ambition n’est pas comme il le rappela, que ces conversations soient le tout de la psychanalyse, la clinique de la passe déployée dans les Écoles de l’AMP en témoigne. Ces conversations se poursuivent chaque année avec comme base commune de parler de « l’expérience psychanalytique dans la même langue » (p. 9), celle de l’orientation lacanienne.

Ce qui émaille ces Conversations et en fait leur sel, loin d’une simple série qui actualiserait un savoir constitué, ce sont ces trouvailles ciselées comme chez l’orfèvre qui dévoile la structure de cristal qu’elles recèlent. Elles sont nombreuses dans ce volume. Cinq textes d’orientation font le lit de ces conversations successives à travers six cas. C.S.T. de J.-A. Miller s’élève à la hauteur d’un mathème en ce qu’il permet la transmission, et le texte de d’Éric Laurent rassemble dans la doxa lacanienne les conditions du transfert dans la psychose. La description fine des effets du transfert suffit à démontrer que le « tout venant » peut s’emparer de cette offre sans a priori sur la psychanalyse, ce qu’indiqua Lacan à la fin de son enseignement.

La présentation de malade faite par J.-A. Miller, commentée par les participants du Groupe d’Actualisation Clinique, est un document exceptionnel. Là encore ce sont les notations fines, les formulations renouvelées, qui font la force de cette clinique singulière propre à s’adapter à la particularité du un par un, de celui ou de celle qui trouve sa solution dans la solitude quand pour l’autre, il aura renoué avec ses semblables. L’attention se porte sur telle ou telle arrête de ce cube qui figure le réel et les échanges témoignent de l’angle d’où il s’appréhende.

La clinique qui s’élabore, qui s’échange dans ces conversations, ne vise pas le qualificatif de moderne bien que contemporaine, car le transfert met à jour des signifiants dont on peut espérer qu’ils modifient le régime de jouissance qui affecte un sujet. Donc : nouveaux symptômes plutôt que sujet moderne.

La lecture de cet ouvrage, le crayon à la main, réserve bien des surprises sous la forme de notations, réflexions qui précisent, renouvellent, resserrent en élevant ces conversations à la hauteur des meilleur débats scientifiques. Continuons à faire une place à l’objet a de Lacan, renouvelons une définition du signifiant du transfert, avec une définition de l’interprétation comme « un art de la tactique sur le terrain ». Le délire ne s’accommode pas nécessairement de l’association libre à la recherche d’un secret qui n’existe que dans le fantasme du névrosé.

Enfin, c’est un enchantement de découvrir ces perles qui témoignent du caractère extrêmement vivant de cette clinique et des ressources de la psychanalyse à son service.

 

Donner le goût de la Conversation

Monique Amirault

 Pourquoi psychanalystes et cliniciens d’orientation lacanienne se pressent-ils aussi nombreux, chaque mois de juin, à Paris, pour participer à la « conversation clinique », cette formule de travail inédite inventée et réinventée année après année, depuis treize ans, par Jacques-Alain Miller ? Point de capiton de la formation des institutions UFORCA, la conversation clinique conjoint la permanence d’une orientation commune, l’orien-tation lacanienne, et la surprise à chaque fois renouvelée des travaux exposés, prolongée par les trouvailles qui émergent des échanges eux-mêmes. Le désir et le transfert sont au rendez-vous et chacun repart avec une question, un signifiant nouveau à déplier qui fera son chemin, un bout de savoir à explorer, un éclairage inattendu.

On verra dans La conversation clinique que la clinique analytique est faite de « choses de finesse », clinique du détail et non du classement, des catégories. On sera sensible au tact qu’elle exige, à l’acte de jugement qu’elle nécessite, car aucun standard, ni protocole préalable ne répondent au réel en jeu. D’où l’importance de l’engagement de l’analyste qui, dans le transfert, est appelé à pratiquer « un art de la tactique sur le terrain », lorsque « cela tient sur une tête d’épingle. » (J.-A. Miller). « Rester le plus impassible possible » (H. Bonnaud), « saisir un signifiant au vol » (I. Orrado), ou remettre le savoir entre les mains du sujet – « Vous en savez beaucoup plus que moi » (B. Lecoeur) – témoignent de cet art.

Des signifiants nouveaux émergent au cours de la conversation. Relevons « la psychose à sublimation » (J.-A. Miller), « l’Autre rompu » qui vient à la place de l’Autre barré, ou encore l’analyste comme « celui qui suit » et non plus sujet supposé savoir (É. Laurent).

Ajoutons la dimension politique de la clinique psychanalytique telle qu’elle se dégage de ce volume. Car à l’inexistence de l’Autre, chacun doit répondre en inventant sa règle propre, sa solution inédite pour traiter le réel (C. Dewambrechies-La Sagna), solution qui passe, dans le lien social, par le symptôme. C’est dans ce travail d’invention que nous accompagnons chaque parlêtre, ouvrant une voie de résistance à l’alternative du modèle pharmaco-bio-social ou comportemental. (J.-D. Matet). Chaque cas exposé et discuté en témoigne.

Lors de l’ouverture de la Section clinique, en 1977, Lacan définissait ainsi la clinique psychanalytique : « La clinique psychanalytique consiste dans le discernement de choses qui importent et qui seront massives dès qu’on en aura pris conscience »

Cette conversation clinique en fait la juste démonstration.

 

L’accueil de la parole analysante

Jean-Robert Rabanel

 Je salue avec un grand intérêt la sortie dans la collection Le Paon, Le Champ freudien éditeur, de la dernière publication de l’UFORCA : La conversation clinique.

La clinique sous transfert est ce qui caractérise la clinique psychanalytique dans le Champ freudien depuis et le texte de J.-A. Miller « C.S.T. » que l’on trouve reproduit dès le début du volume en donne les lignes directrices.

Les remaniements conceptuels qui caractérisent le dernier enseignement de Lacan par rapport au Séminaire XI, spécialement concernant le transfert, nécessitaient une mise à jour. C’est chose faite avec cet ouvrage d’UFORCA coordonné par Guy Briole qui présente les caractéristiques de la conversation clinique dans son propos introductif, puis avec les textes de Carole Dewambrechies-La Sagna et de Jean-Daniel Matet, qui retracent l’historique de la question de la clinique, les formes du malaise qui se transforment avec l’évolution du monde.

Le contenu de l’ouvrage est entièrement consacré à la conversation clinique qui est présentée comme une caractéristique de l’époque où l’Autre n’existe pas. C’est ce point que développe tout spécialement Éric Laurent dans une analyse très rigoureuse où il propose une lecture minutieuse de la leçon du 10 mai 1977 du Séminaire XXIV sur ce que devient le transfert dans le dernier enseignement de Lacan, en parallèle avec le cours de J.-A. Miller du 14 mars 2007. Les remaniements conceptuels du Séminaire XI à partir du Séminaire XX – parlêtre, partenaire-symptôme, lalangue, le corps parlant, la vérité menteuse, le transfert, l’Autre rompu – sont autant de points soulignés par É. Laurent.

Les huit textes présentés au cours de ces dernières années lors des Colloques UFORCA sont autant de témoignages de la clinique psychanalytique et spécialement de la position de l’analyste par rapport à l’accueil de la parole analysante. L’enseignement de J.-A. Miller est au détour de ces conversations qu’il marque d’une invention toujours renouvelée.

Un document unique termine cet ouvrage avec la retranscription d’une présentation clinique conduite par J.-A. Miller dans le cadre du Groupe d’Actualisation Clinique et qui donne le ton à la conversation qui se révèle ouverte, soucieuse du détail, inventive bien que toujours au plus près des énoncés du patient. On y apprend beaucoup.

Ce livre témoigne des inestimables ressources de l’enseignement de Jacques Lacan et de sa rénovation. Il revenait à l’UFORCA de se saisir du signal de ce tournant dans l’orientation lacanienne donnée par J.-A. Miller.

C’est dire l’importance de ce livre dont nous ne doutons pas que le succès qui lui est promis le placera à la hauteur des trois conversations Angers, Arcachon et Antibes qui le préparent.

Un volume indispensable

Pierre-Gilles Guéguen

Le livre qui porte ce titre fait partie d’une collection éditée par Le Champ Freudien et qui nous accompagne depuis qu’un jour de 1996 à Angers, à l’initiative de Jacques-Alain Miller, la réunion qui devait devenir annuelle de l’Uforca a lieu. Il en résultait le premier de ces volumes constitué de textes et de cas soigneusement travaillés et choisis pour donner matière à une discussion collective. C’était Le conciliabule d’Angers… On découvrait alors l’étendue de la psychose dite « ordinaire » dont les manifestations ne répondent plus aux tableaux cliniques de la psychiatrie, du temps des débuts de Lacan.

« Un verrou se levait » comme le dit si bien J.-D. Matet, « qui permettait de parler autrement (…) de ces moments privilégiés où le bien dire nomme un réel aussi près que possible pour en faire valoir des faces inaperçues. Le risque (étant) d’oublier la clinique discontinuiste essentielle pour la transmission d’un enseignement (…), mais surtout pour approcher une clinique où transformation du corps, délire après déclenchement, passage à l’acte, ne pourraient se lire sans cet abord de la clinique Lacanienne. »

À cette condition seulement on pouvait en venir à cette « déclaration d’égalité des consistances » (imaginaire symbolique et réel) selon le terme proposé par J.-A. Miller et dont Éric Laurent dans ce volume, tire les conséquences. Il montre comment cette proposition fait appel à la clinique de Lacan du temps de « Joyce le Sinthome ». Je ne pourrais pas ici rendre justice aux huit cas qui suivent et à la discussion qu’ils permettent. Il le faudrait pourtant, ce sera au lecteur de le faire avec – je n’en doute pas – le même intérêt soutenu qui a été le mien.

Je voudrais cependant évoquer deux passages qui m’ont particulièrement intéressé :

L’un (p. 98-103) concerne le cas présenté par Bernard Lecoeur. La discussion porte sur un dire du patient : « je suis connu » qui, selon la conception que l’analyste s’en fait pour lui-même, aura des conséquences sur la cure. C’est l’occasion pour J.-A. Miller de souligner un point important de ce cas remarquable : la remise en question par Lacan de la théorie du narcissisme (déjà évoquée en 2004 dans la présentation du Séminaire X « L’angoisse ») s’impose ici.

L’autre se situe lors de la discussion du cas d’Hélène Bonnaud : J.-A. Miller réaffirme le fait que l’analyste doit prendre position, en bref qu’il dirige la cure. En opposition à la position de certaines écoles, y compris lacaniennes qui laissent le patient délirer sous prétexte que cela serait thérapeutique, il dit ceci : « Pour l’École Française du Champ freudien on ne laisse pas délirer il faut savoir quelle quantité on laisse. Ce sont deux positions distinctes, il ne faut pas les confondre (…) Cette orientation générale n’exclut pas le cas par cas. On ne laisse pas (le patient) délirer à tout va et on l’arrête en dirigeant les propos dans le sens d’une banalisation. (…) Écouter sans mot dire c’est autoriser et encourager le délire. » (p. 189).

On le vérifiera en lisant la première transcription complète d’un cas présenté par J.-A. Miller qui conclut le volume.

À lire attentivement

Alexandre Stevens

En lisant ce dernier ouvrage des travaux des Sections cliniques on est d’emblée frappé par le ton de conversation qui ouvre chaque cas à sa propre singularité. Loin de diagnostics préconstruits dans un manuel de statistiques ou d’une direction de traitement selon de bonnes pratiques à usage général, ce sont ici les patients qui nous enseignent et la conversation permet alors une élaboration fine au cas par cas.

Ce livre fera évènement par la publication d’une présentation clinique de Jacques-Alain Miller et de sa discussion. Une jeune fille de 18 ans qui explique sa volonté de mourir et développe son délire dans une forme d’expression particulièrement nette au cours de la présentation. Il n’y a pas vraiment de transfert, « l’entretien est [plutôt] le partage de la solitude dans laquelle elle est enfermée » comme le précise J.-A. Miller. (p. 273)

Mais les huit cas présentés et discutés à la Journée UFORCA ne sont pas moins intéressants, puisqu’ils nous permettent de saisir comment s’oriente chacune des cures de ces sujets. 

Ainsi, par exemple, « La supplétive » de Virginie Leblanc a vécu entre silence et insultes, qui résonnent dans son corps entre vidage et débordements. La cure la revitalise en l’écartant de son identification très réelle au corps du père humilié et de l’engloutissement par le corps maternel. Elle s’éprouvait comme déchet et c’est des déchets encombrants qu’elle fera œuvres d’art et lien social en s’appuyant d’une identification symbolique au grand-père. C’est une trajectoire tout à fait singulière.

Autre cas, très différent, « Le Nouveau-nez » de Gil Caroz, signifiant qui capitonne, pour un temps au moins, la masse flottante des significations et la jouissance liée à l’imaginaire d’un abus du père. Le diagnostic s’en modifie au cours de la cure, et s’affine encore lors de la conversation, mais cela n’empêche pas l’analyste de s’y impliquer sans excès de prudence, qui prendrait vite les couleurs d’une inhibition. Et il lui dit des choses vives comme « Je ne vous demande pas en mariage » quand elle craint de s’engager plus avant dans l’analyse. Le cas s’y prête.

Tous ces cas sont ainsi : à lire attentivement.

Clinique ordinaire de l’extraordinaire

Philippe La Sagna

Dans le volume La conversation clinique on trouve la présentation du cas de Sabine par J.-A. Miller et sa discussion. Un entretien clinique est un art de bien dire singulier. La parole n’a pas le statut de la parole analysante qui se situe dans le transfert. Sabine ne témoigne pas d’un transfert : « Ce n’est pas du transfert, l’entretien est le partage de la solitude dans laquelle elle est enfermée » note J.-A. Miller

Ce terme « partage d’une solitude » est très juste. Il ne s’agit pas de faire place à la solitude de cette patiente mais de prendre place au lieu où elle pourrait se partager. Cela suppose pour celui qui l’accueille d’avoir touché la sienne propre. Cela suppose de ne pas saisir ce qui se dit comme une histoire. Il ne s’agit pas de narrativité. Il ne s’agit pas que les gens se racontent. Le passé n’éclaire pas ici non plus le présent, il est déjà le présent.

Pour cela il faut que la patiente ait l’idée « que nous sommes des personnages ordinaires, comme elle-même » souligne J.-A. Miller. Dans ordinaire il y a ordre aussi. Il s’agit d’une mise en ordre de l’expérience vécue, d’une solitude. Sabine pourtant, est une psychose extraordinaire, cliniquement, mais aussi par sa capacité à transmettre son expérience. Elle parvient pour nous à une « trivialisation de l’extraordinaire ». Un énoncé trivial en mathéma-tiques est un énoncé dont la vérité est évidente à la lecture.

Ce qui est important dans un entretien c’est aussi ce dont le clinicien choisit de ne pas parler. Par exemple, dans le cas de Sabine, la sexualité n’est pas évoquée car il s’agit de prendre « le style, la manière du patient ». J.-A. Miller peut dire : « dès le début, elle dit “il y a ceci, il y a cela” c’est déjà énorme ! C’est quelqu’un qui met en ordre qui classe, qui distingue. Je suis monté à bord de ce bateau ».

Ne manquez pas de vous embarquer vous aussi à bord de ces conversations cliniques.

 

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ÉDITO SEPTEMBRE 2020

ÉDITO SEPTEMBRE 2020

Chères et chers membres et amis de L’Envers de Paris,

Nous revoici après ces bizarres vacances d’été marquées par la crise sanitaire mondiale provoquée par la Covid-19. J’espère que les vacances ont été reposantes et que vous êtes maintenant plein d’énergie et d’élan pour reprendre l’étude et la transmission de la psychanalyse dans notre association et la faire vivre dans la cité.

L’Envers de Paris peut à nouveau proposer quelques réunions publiques, ce qui nous réjouit. De cette façon nous pourrons combiner certaines réunions par Zoom avec d’autres en petits comités mais en « présentielles » avec nos corps ; réunions au cours desquelles – bien entendu ! – toutes les recommandations sanitaires seront maintenues, notamment les mesures de distanciation et le port des masques.

La grande nouvelle de notre rentrée pour notre communauté est que les inscriptions aux Journées 50 sont ouvertes ! Un tout nouveau site permet une inscription sans difficulté. Voici le lien : events.causefreudienne.org

Les Journées de l’École de la Cause freudienne, comme son président Laurent Dupont nous le rappelle, sont un rendez-vous incontournable ! Cette année, en pleine crise du Covid-19, au moment précis où j’écris ces mots les Journées vont pouvoir avoir lieu. C’est une grande chance pour nous que ce moment d’étude et de rencontre, où notre école s’ouvre et se montre au monde et à la culture, puisse avoir lieu et accueillir un grand nombre de personnes intéressées par la psychanalyse lacanienne. Néanmoins la situation pourrait changer selon l’évolution de la pandémie dans notre région parisienne. Attentat sexuel est le thème choisi pour ces J50 qui auront lieu au Palais des Congrès de Paris les 14 et 15 novembre prochains. Notre site de L’Envers et nos réseaux sociaux se font l’écho des nombreux travaux préparatoires à cet évènement permettant de lire le blog, les boussoles, les citations pour ceux qui sont désireux de travailler ce thème.

Un mot concernant la forte réponse à notre appel aux cartels fulgurants en préparation des J50 et à notre Journée de L’Envers de Paris en juin 2021. Actuellement, ce sont cinq cartels qui se sont déjà mis au travail ; et d’autres peuvent encore se constituer.

J’ai l’immense plaisir de vous convier à notre première réunion publique après confinement et de recevoir Camilo Ramirez avec qui nous aurons une rencontre-conversation autour de son livre récemment paru, Haine et pulsion de mort au 21ème siècle. Nous vous attendons nombreux le 23 septembre à 20h00 dans la librairie Libralire, au 116 rue Saint Maur, 11ème. Bien entendu nous suivrons les consignes sanitaires et de distanciation en vigueur. Cette rencontre est organisée par L’Envers de Paris et l’Association des psychologues freudiens. Nous recevrons Guy Briole, préfacier de l’ouvrage – tous deux sont psychanalystes membres de l’ecf. Un cartel prépare avec soin ce débat.

Inscrivez aussi dans vos agendas le rendez-vous du vecteur Psynema. Cet après-midi nous mettra au travail préparatoire des J50 avec la projection du film de Kenji Mizoguchi Les contes de la lune vague après la pluie (1953) au Patronage Laïque Jules Vallès, le 3 octobre à 14h. Après la projection du film, nous discuterons avec notre invitée Laura Sokolowsky, psychanalyste membre de l’ecf. Souvenez-vous que l’entrée est libre mais sur réservation au 01 40 60 86 00. Le groupe Psynéma a repris déjà ses activités et vous pouvez y participer si vous le souhaitez. La prochaine réunion se tiendra le 26 septembre : nous mettrons au travail le séminaire Encore de Lacan sur la question de l’Exil et du non-rapport sexuel. Pour tout renseignement contacter par mail Maria-Luisa Alkorta (ici>>) ou Karim Bordeau (ici>>).

Le 15 octobre, nous programmons la soirée de rentrée des cartels pour l’année 2020-2021. Cette soirée sera aussi dédiée à la préparation des journées de l’ecf « Attentat sexuel ». Aurélie Charpentier-Libert s’occupe de son organisation avec l’acf-idf, et Beatriz Gonzalez-Renou, secrétaire aux cartels de l’ecf.

Et voici encore d’autres rappels d’informations à noter dans votre agenda des réunions et évènements en septembre à L’Envers de Paris :

Le vecteur Lectures cliniques poursuit cette année son travail d’élaboration et de réflexion sur la clinique tout en s’inscrivant dans l’orientation de travail de L’Envers de Paris. Le calendrier 2020-2021 sera bientôt prêt. Les activités du vecteur reprendront en octobre prochain. Renseignement par mail à Adela Bande-Alcantud (ici>>) et Pascale Fari (ici>>).

Patrick Almeida nous annonce l’année de travail 2020/2021 du vecteur Le Seminario Latino de Paris autour de la thématique « Nouages des subjectivités contemporaines », en tenant compte de trois points d’orientation : le thème des J50 « Attentat sexuel », le congrès de l’amp autour du rêve et aussi la Journée en 2021 de L’Envers de Paris sur l’Un et le monde de la globalisation. Très bientôt nous vous tiendrons informés de la date de leur première réunion. Pour tout renseignement contacter par mail>>

Le vecteur Lectures Freudiennes a terminé la lecture et la traduction du texte de Freud, rédigé en 1915, Complément métapsychologique à la doctrine du rêve – Metapsychologique Ergänzung zur Traumlehre. Pour y participer, contactez Suzanne Hommel par mail>>

Le collectif Théâtre et psychanalyse organise une réunion de rentrée ZOOM le jeudi 10 septembre. Nous y échangerons sur le programme de la saison en cours de finalisation, sur notre rendez-vous de novembre consacré à l’adaptation du dialogue de Giordano Bruno, « Le souper des Cendres ». Pour plus de renseignements contacter Philippe Benichou par mail>> 

Le vecteur Le corps, pas sans la psychanalyse, après la relecture de la « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI » Lacan et des « Intuitions milanaises » de Jacques-Alain Miller, réfléchit à propos de l’hystorisation du sujet dans le monde globalisé. Les intéressés peuvent contacter Geneviève Mordant par mail>>

Le vecteur Psychanalyse et Littérature poursuivra son travail dans l’axe du thème de la Journée de L’Envers de Paris « Les épars désassortis et la globalisation » prévue en 2021. Les textes de Lacan « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI » et de J.-A. Miller « Intuitions milanaises » et « L’apparole » seront nos boussoles psychanalytiques. Le groupe s’intéresse à plusieurs auteurs : C. Bobin, P. Quignard, A. Saumont, N. Sarraute. Contact : les intéressés pourront contacter Marie-Christine Baillehache, par mail>> 

Je vous souhaite une bonne rentrée !

 Marga Auré

 

ÉDITO DE L’ÉTÉ

ÉDITO DE L’ÉTÉ

By NASA Goddard Space Flight Center – Flickr

Chères et chers membres et amis de L’Envers de Paris,

Par Marga Auré

L’été se présente à nous et le repos estival va nous permettre de savourer ce beau temps et de prendre des forces pour une rentrée dynamique mais paisible. Derrière nous, le confinement et le déconfinement avec leur inquiétante étrangeté. Depuis le 10 juillet, le plan de sortie de l’état d’urgence sanitaire luttant contre l’épidémie de Covid-19 nous laisse envisager à nouveau certain type de rencontres et de réunions, malgré des restrictions et bien des précautions.

Pendant la rude période que nous avons traversée, L’Envers de Paris s’est toujours orientée avec sa boussole fondamentale qu’est l’étude de la psychanalyse, la lecture des textes de Freud et de Lacan qui soutiennent nos fondations.

Notre site de L’Envers se renouvelle petit-à-petit et Romain-Pierre Renou s’en occupe avec soin. Les espaces de chaque vecteur et groupe se nourrissent de l’actualité de leur travail. Trois nouvelles rubriques font écho à cette production en connexion avec les événements de notre Champ. La première accueille des textes qui préparent le prochain Congrès de l’AMP Le rêve. Son interprétation et son usage dans la cure. La deuxième rubrique, Au-delà du confinement, nous projettera vers notre journée, en 2021, et finalement une troisième nouvelle rubrique nous ravitaillera pour les 50es Journées de l’ECF.

En effet L’Envers de Paris prépare de façon spéciale ces Prochaines Journées Attentat sexuel. Patrick Almeida est attentif à la rediffusion par notre propre liste Facebook, Twitter et Instagram, de boussoles cliniques publiées, citations et annonces du blog des journées qui sortent chaque semaine. D’autre part, l’appel aux cartels fulgurants de L’Envers de Paris pour préparer ces J-50 a eu son effet et quatre cartels se sont constitués dans la foulée. Nous saurons donner une place à leur produit de cartel dans notre rubrique ou par une autre initiative.

Le 15 octobre, nous programmons la soirée de rentrée des cartels pour l’année 2020-2021 avec un thème en résonnance avec celui d’« Attentat sexuel » travaillé en cartel. Aurélie Charpentier-Libert s’occupe de l’organisation avec l’ACF-IDF et Beatriz Gonzalez-Renou, secrétaire aux cartels de l’ECF.

La perle de cette préparation aux J-50 nous est offerte par le vecteur Psynéma de L’Envers de Paris qui nous propose un après-midi de travail avec la projection du film de Kenji Mizoguchi Les contes de la lune vague après la pluie (1953) au Patronage Laïque Jules Vallès, le 3 octobre à 14h. Le vecteur Psynéma organisera une prochaine réunion le 5 septembre à 15h, chez Maria-Luisa Alkorta. Pour tout renseignement contacter par mail Maria-Luisa Alkorta (ici>>) ou Karim Bordeau (ici>>).

Notre première réunion publique après confinement sera dédiée à la rencontre-conversation autour du livre de Camilo Ramirez, Haine et pulsion de mort au 21ème siècle. Le 23 septembre à 20h00 dans la librairie Libralire , au 116 rue Saint Maur, 11ème. Cette rencontre est organisée par L’Envers de Paris et l’Association des psychologues freudiens. Nous recevrons l’auteur avec Guy Briole, préfacier de l’ouvrage, tous deux psychanalystes membres de l’ECF. Bien entendu nous suivrons les consignes sanitaires et de distanciation en vigueur.

Et voici, à noter dans votre agenda, les événements de septembre et octobre qui auront lieu à L’Envers de Paris :

La prochaine réunion du vecteur Lectures cliniques sera consacrée à la lecture et la discussion de deux cas de la pratique des participants. Notre vecteur étudie également ses modalités de travail sur le thème proposé pour la journée 2021 de L’Envers. Renseignement par mail à Adela Bande-Alcantud (ici>>) et Pascale Fari (ici>>).

Patrick Almeida nous annonce l’année de travail 2020/2021 du vecteur Le Seminario Latino de Paris autour de la thématique « Nouages des subjectivités contemporaines », en tenant compte de trois points d’orientation : le thème des J-50 « Attentat sexuel », le congrès de l’AMP autour du rêve et aussi la Journée en 2021 de L’Envers de Paris sur l’Un et le monde de la globalisation. Pour tout renseignement contacter par mail>>

 Le vecteur Lectures Freudiennes a terminé la lecture et la traduction du texte de Freud, rédigé en 1915, Complément métapsychologique à la doctrine du rêve – Metapsychologique Ergänzung zur Traumlehre. Le prochain rendez-vous est programmé le 1er septembre 2020 à 21h, chez Susanne Hommel. Pour y participer, contactez Suzanne Hommel par mail>>

 Le collectif Théâtre et psychanalyse a commencé à élaborer son programme de soirées pour la saison 2020/2021. Prochaine réunion du collectif le 10 septembre. Pour plus de renseignements contacter Philippe Benichou par mail>> 

Le vecteur Le corps, pas sans la psychanalyse, après la relecture de la Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI de Lacan et des Intuitions Milanaises de Jacques-Alain Miller, réfléchit à propos de l’hystorisation du sujet dans le monde globalisé. Notre prochaine notre réunion sera le 3 septembre. Les intéressés peuvent contacter Geneviève Mordant par mail>>

Le vecteur Psychanalyse et Littérature, dès septembre, poursuivra son travail dans l’axe du thème de la Journée de L’Envers de Paris Les épars désassortis et la globalisation prévue en 2021. Les textes de Lacan Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI et de J.-A. Miller Intuitions milanaises et L’apparole seront nos boussoles psychanalytiques. L’été sera pour chacun le temps de lire les auteurs : C. Bobin, P. Quignard, A. Saumont, N. Sarraute. Contact : Marie-Christine Baillehache, par mail>> 

Nous nous retrouvons en septembre.

Je vous souhaite un excellent été !!

L’éros de l’Ure

L’éros de l’Ure

Par Rosana Montani-Sedoud

Dans Le Dialogue, François Cheng écrit un dialogue, non pas entre deux personnages, mais entre deux langues créant une partition où alternent à parts égales les voix de « deux langues complexes […] grandes, chargées qu’elles sont d’histoire et de culture »[i]. Son livre est un témoignage intime de l’aventure linguistique et du travail minutieux et constant de F. Cheng au cœur des deux langues chinoise et française marquées par une écriture poétique. L’aboutissement de ce dialogue est cette mémoire vive avec laquelle F. Cheng rend compte de son entrée dans cette autre langue, le français. Il a adopté cette autre langue, il l’a incarnée. Il est allé jusqu’au cœur intangible de la langue pour percer et faire vibrer sa musique à lui.

Ce dialogue, entre deux langues en un seul homme, nous permet de nous poser la question de la lettre, à partir de l’enseignement de Lacan. La lettre comme un événement de jouissance qui touche à la jouissance du corps hors-sens qui se passe de la signification phallique.

La lettre y a sa dimension de bord telle que Lacan la définit : « La lettre n’est-elle pas proprement littorale ? Le bord du trou dans le savoir que la psychanalyse désigne justement quand elle l’aborde, de la lettre, voilà-t-il pas ce qu’elle dessine ? »[ii]

Ce bord du trou dans le savoir que la lettre dessine, n’est-il approchable qu’avec la psychanalyse ? Que nous enseigne la littérature de son usage de la lettre comme modalité du traitement du réel qui fait trou dans le savoir ?

J’ai lu ce livre de F. Cheng mais c’est seulement en l’écoutant à la radio raconter sa rencontre avec les mots que j’ai été profondément touchée par son dire. Et ce que j’avais oublié en lisant ce qu’il en écrivait dans son livre, c’est son récit oral, le son de sa voix posée et lente qui me le restituaient. Il fallait cette présence en corps pour que je sois captée par ce moment de rencontre et de trouvaille de F. Cheng avec les mots.

 Une sonorité inhabituelle

François Cheng nous donne le cadre de sa rencontre avec la langue française où le mot échancrure, un jour, le frappe plus particulièrement : « C’était aux premiers temps de mon séjour en France. J’étais tombé, lors d’une lecture, sur ce mot à la sonorité inhabituelle »[iii].

Ce moment de frappe d’un mot est à l’origine de sa rencontre avec la langue française, aux premiers pas de sa traversée d’une langue vers une autre. Il connaissait la littérature française qu’il avait lue dans son adolescence en Chine. Sa littérature du XIXe siècle lui avait plu et elle avait compté dans son choix de son pays d’exil alors qu’il avait la possibilité d’avoir une bourse pour l’Angleterre ou pour la France. Il avait alors choisi de se « fixer » en France pour la seule raison que la « célèbre littérature » était riche « en matières humaines et en contenu sociaux, en descriptions charnelles et en analyses psychologiques, en idées et réflexions »[iv]. Mais, arrivé en France et au tout début de son étude de la langue française, c’est la lecture d’un mot pris parmi tous les autres qui l’interpelle. Il est à ce moment-là dans sa condition d’exilé qui « éprouve la douleur de tous ceux qui sont privés de langage»[v]. Et c’est dans cet état d’étranger du langage commun qu’au cours d’une lecture il tombe sur ce mot échancrure dont la sonorité inhabituelle le frappe et le questionne.

Le petit dictionnaire qu’il possède ne l’aide pas et le sens premier qu’il donne à ce mot – « empiètement en arc de la mer sur une côte »[vi] – le laisse sans réponse. Pour F. Cheng il y a dans le mot échancrure, un « souvenir charnel »[vii] qui insiste.

Le souvenir charnel

C’est cet instant précis où il éprouve l’impact émotionnel du mot échancrure comme un évènement de jouissance qu’il décrit ainsi : « profitant de la pause, je demandais à la jeune répétitrice l’usage exact de ce mot. “Ah, échancrure ! C’est…” et de dessiner du doigt devant sa poitrine, avec beaucoup de simplicité, les lignes de sa robe gracieusement décolletée. Une chair à la fois montrée et cachée selon une exacte mesure. Aussitôt, ce mot prit pour moi une connotation sensuelle »[viii]. Par la rencontre des corps en présence, le mot échancrure résonne alors dans sa mémoire, « comme par inadvertance »[ix]. Dans le vers d’un de ses poèmes, il évoque « L’échancrure des collines » où il a éprouvé « toute la sensualité d’un paysage vécue dans mon adolescence, en Chine »[x]. Subtile condensation du paysage des collines et du corps d’une femme.

Ravissement des syllabes

Dans ce mot à la connotation sensuelle, F. Cheng opère une coupure entre les « deux syllabes phonétiquement signifiantes : ECHAN, quelque chose qui s’ouvre, qui se relève, qui enchante, et – CRURE, qui cependant se resserre pour dissimuler un mystère tentateur »[xi].

Cette coupure entre deux syllabes, cette rupture du mot maintenant fragmentée, est son usage de la lettre qui vide le sens du mot et laisse entendre une pulsation, une sonorité qui touche le corps. La chaîne des signifiants est rompue, le mot devient la caisse de résonance du vivant du corps.

Cheng précise que « par la suite, comme en écho, me plairont d’autres mots terminés par –ure »[xii]. Cette terminaison en ure retrouvée dans d’autres mots perpétue une « secrète trace délicatement ou fermement dessinée : épure, diaprure, cambrure, rainure, ciselure, zébrure, brûlure, déchirure… »[xiii] Ure lui « suggère un élargissement, une ouverture » dans laquelle il reconnait le « principe féminin » qui l’entraîne irrésistiblement vers « une série de mots qui désignent ces lieux en forme vulvaire, lieux de la réceptivité, de la vie portée et de la transformation »[xiv].

Là où F. Cheng fait un usage poétique de la lettre, comme littoral « entre la jouissance et le savoir »[xv], pour récupérer une part de jouissance inconnue, la psychanalyse « s’oblige, en quelque sorte de son mouvement même, à reconnaitre le sens de ce que pourtant la lettre dit à la lettre, c’est le cas de le dire, quand tous ses interprétations se résument à la jouissance »[xvi].

[i]. Cheng F., Le Dialogue, Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 7.

[ii]. Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un Discours qui ne serait pas du semblant, Seuil, Paris, 2007, p. 117.

[iii]. Cheng F., op. cit., p. 55.

[iv]Ibid, p. 27.

[v]Ibid, p. 29.

[vi]Ibid, p. 55.

[vii]. Ibid, p.56 « la phonie d’un mot en français a le don de déclencher en moi un souvenir charnel ».

[viii]Ibid.

[ix]Ibid, p. 55.

[x]Ibid.

[xi]Ibid, p. 56.

[xii]Ibid.

[xiii]Ibid.

[xiv]Ibid, p. 56-57.

[xv]. Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, op.cit., p. 117

[xvi]Ibid.